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Dimanche 14 octobre 2007

 

 

 

Il croisa un troupeau de bêtes peu avant d’arriver au village. Il y avait là des moutons, et des agneaux. Le troupeau paissait dans un pré. Une petite clôture empêchait les bêtes de s’enfuir. Le chemin qui menait au village longeait ce pré et cette petite clôture. Le duc de la Villardinière s’arrêta un instant. Puis il respira profondément et continua sa route en regardant ses pieds.

 

 

 

 

 

Plus loin, il aperçut le village de l’Hervé en contrebas d’une corniche. Le village était tout prés. Des cheminées fumaient. A l’entrée du village, une barrière en bois empêchait l’accès à la place principale. Au moins trois hommes gardaient la barrière. Le duc de la Villardinière reconnut l’uniforme de la Garde du Baron Sardou. Le duc se baissa un peu pour ne pas être vu. Il releva la tête pour voir si un autre chemin permettait d’entrer dans le village . Mais il ne voyait rien. Le duc ne connaissait pas le village de l’Hervé. Dans ces conditions, chercher à éviter le barrage était trop risqué. Il descendit de la corniche et s’approcha de la barrière.

 

 

 

 

 

« -- Halte ! » fit l’un des gardes du Baron Sardou. Le duc de la Villardinière continua de marcher jusqu’à la barrière.

 

 

« -- Halte, j’ai dit ! » reprit le même garde. « Alors, paysan ! Où crois-tu aller comme ça ? »

 

 

« -- Je vais au Marché du Village, chercher du travail pour la saison » dit le duc de la Villardinière. « On m’a dit qu’il y avait du travail dans le pays, il y en a, non ? »

 

 

« -- Il y en a pour ceux qui cherchent du travail… » dit le garde.

 

 

« -- C’est mon cas » dit le duc.

 

 

« -- Alors il y a du travail ! Mais il ne faut pas avoir peur » dit le deuxième garde, qui n’avait rien dit jusque là.

 

 

« -- Je n’ai pas peur » reprit le duc.

 

 

« -- Je n’en doute pas » répondit le garde.

 

 

 

 

 

Le duc aperçut le troisième garde. Il était dans une cabane en bois accolée à la barrière. Il était assis sur une chaise. Il lisait un journal.

 

 

 

 

 

« -- Je peux passer ? » demanda le duc.

 

 

« -- Ho, ho ! Tout doux l’ami ! » dit le premier garde. « Quel est ton nom ? »

 

 

« -- Je m’appelle Hugues Le Frais » répondit le duc de la Villardinière.

 

 

« -- Tu es Italien ? » demanda le premier garde

 

 

« -- Pas du tout, je viens d’Andouilly, un village par delà les montagnes et les fleuves » répondit le duc

 

 

« -- Je connais… » dit le deuxième garde. « Les gens n’ont pas peur du travail là-bas »

 

 

« -- C’est vrai » dit le duc. « Est-ce que je peux passer maintenant, j’ai hâte de travailler »

 

 

« -- Du calme l’ami. Il y a quoi dans ton panier ? » demanda le premier garde

 

 

« -- Rien, juste des crêpes et du beurre. » dit le duc

 

 

« -- Des crêpes ? Je peux en avoir une ? » demanda le troisième garde en baissant son journal.

 

 

« -- Bien sûr » reprit le duc. « Tenez, mon adjudant ! »

 

 

« -- Je suis pas adjudant… » fit le garde en souriant et en sortant de la cabane.

 

 

Mais, en voyant le visage du duc, le garde perdit soudainement son sourire. Il s’arrêta de marcher.

 

 

« -- Qui êtes vous ? » demanda le garde en mettant la main à l’épée. Il ne laissa pas au duc le temps de répondre. Il cria « C’est Godefroy de la Villardinière, je le reconnais, cette salope ! »

 

 

Le duc frappa le premier garde avec son bâton en plein visage. Le garde s’effondra. Le duc courra en direction de la corniche, et jeta son panier vers le deuxième garde. Le premier garde était à terre, mais le deuxième commençait à courir après le duc. Le troisième garde, qui avait reconnu le duc, pris son sifflet et souffla le plus fort qu’il pouvait. Au loin, dans la corniche, plusieurs gardes sortirent d’un buisson. L’un d’entre eux remontait son pantalon.

 

 

Le duc courait vers eux. Quand il les aperçut, il s’arrêta net et fit demi-tour. Les deux gardes qui étaient à la barrière s’avançaient vers lui.

 

 

 

 

 

« -- Rends-toi ! » dit l’un des gardes. « On a consigne de t’arrêter. »

 

 

 

 

 

Le duc, perdu, se laissa arrêter. Il pensait au Baron de Sardou, qui avait donné la consigne. Il pensait aussi au curé, qui l’avait envoyé dans la gueule du loup. Un des gardes l’appela :

 

 

 

 

 

« -- Alors connasse ! On va t’emmener aux geôles du village. Tu verras, tes compagnons de cellules aiment la chair fraîche… J’en connais un qui va se faire farcir l’andouillette »

 

 

« -- Est-ce que je peux récupérer quelque chose dans le panier ? » demanda le duc

 

 

« -- Qu’est ce que tu veux, l’ami ? » reprit le garde.

 

 

« -- La plaquette de beurre… » dit le duc, honteux.

 

 

 

 

 

Les gardes emmenèrent le duc à la prison du village de l’Hervé. Ils l’avaient menotté et traversaient la place du village. Le duc tenait dans sa main la plaquette de beurre. Les gardes le poussèrent jusque devant une grande porte en bois, qui fermait l’entrée d’une bâtisse triste et sans fenêtre.

 

 

 

 

 

« --Voici ton nouveau château, Messire » dit un garde en s’esclaffant de rire.

 

 

« -- Ne vous esclaffez pas trop, bouffon, car rira bien qui rira le dernier ! » répondit le duc.

 

 

Le silence se fit alors parmi les gardes. L’un d’entre eux appela quelqu’un derrière la porte de la prison :

 

 

 

 

 

« --Eh oh, derrière la porte ! J’ai de la chair fraîche pour vous ! Ouvrez la porte ! »

 

 

« -- Un nouveau prisonnier ? » fit une voix rugueuse. « Il est ferme ? »

 

 

« -- C’est le duc de la Villardinière. La petite salope » reprit le garde.

 

 

« -- Je vous ouvre » répondit la voix.

 

 

Et la grande porte s’ouvrit dans un vacarme de couinements de gonds mal graissés. Le type derrière la porte avait l’air d’une vraie brute.

 

 

« --Allez, viens là, salope ! » dit-il au duc en le prenant par les cheveux.

 

 

« --Oh là doucement ! Vous aurez ce que vous voulez, mais pourvu qu’elle soit douce » cria le duc.

 

 

« --Salope ! » dirent les gardes tous ensemble. Et la porte claqua derrière le triste sire.

 

 

 

 

 

L’intérieur de la prison ne dépeignait pas par rapport à l’extérieur. Une forte odeur d’excrément flottait dans les airs. En cela, le duc n’était pas mécontent. La brute lui avait défait ses liens. Le duc le regarda de plus près. Il s’agissait d’un type d’une quarantaine d’années, gros et chauve, qui ne devait pas se laver souvent et qui avait les dents en piteux état.

 

 

 

 

 

« -- Pourquoi as-tu une plaquette de beurre dans les mains ? » dit la brute

 

 

« -- C’est au cas où vous souhaiteriez m’enculer… »

 

 

« --Quoi ? Eh dis donc, tu as tout prévu ! Tu crois qu’ici c’est le paradis des fiottes ? Tu crois qu’on t’a emmené ici pour te remplir la panse ? Détrompe-toi, petite merde ! Ici, tu vas souffrir comme tu as fait souffrir ton peuple. Mais tu ne vas pas rester longtemps... Un convoi part aujourd’hui de la Tour de la Pine pour venir te chercher. Le temps de ton pouvoir est résolu, Godefroy de la Villardinière ! »

 

 

« -- Aux ordres de qui agissez-vous ? Le Baron de Sardou n’est-ce pas ? » dit le duc

 

 

« -- Haha ha ! Le baron de Sardou ! Cette petite connasse ! »

 

 

« --Mais alors, qui est-ce ? » cria la duc.

 

 

La brute ne répondit pas. Il montra l’intérieur d’un cachot au duc et lui fit signe d’y pénétrer.

 

 

« -- Allez petite pute de pompe à merde, rentre là dedans ! »

 

 

« -- Bon, je crois que j’ai le droit à un peu plus de respect quand même ! » dit le duc en entrant dans la cellule. « Ca devient lourd les insultes gratuites ! »

 

 

Soudainement un énorme chahut se fit entendre au dehors. Des hommes se battaient. Le duc n’avait pourtant rien entendu  la minute d’avant. Cela devait signifier que des hommes avaient attaqué les gardes par surprise. Il se dit que si quelqu’un venait le chercher maintenant, il n’aurait peut être pas le temps de se taper une petite branlette comme il l’avait prévu. Il baissa son pantalon précipitamment et commença à se masturber à toute vitesse. C’est alors qu’un homme l’appela de l’extérieur de la prison :

 

 

 

 

 

« --Sire ! Sire ! » fit l’homme en chuchotant.

 

 

« -- Ouais… » dit le duc en retenant sa respiration et en continuant son petit manège.

 

 

« -- Un de mes hommes a pénétré dans la prison, il sera bientôt devant votre cellule »

 

 

Le duc se retourna et vit un type avec la main sur la bouche et le nez, qui le regardait avec l’air un peu gêné.

 

 

« -- Sire ! Nous sommes venus vous libérer. Il ne faut pas perdre de temps » dit l’homme

 

 

Le duc enleva la main de son sexe, et dit :

 

 

 

 

 

« -- Il faut la clé de la porte de la cellule. Et puis, ce serait bien de ramasser des morceaux de cet étron, j’aimerai le faire analyser. »

 

 

« --Nous n’avons pas le temps, Sire. Nous sommes seulement deux, et ils sont très nombreux. Venez… »

 

 

Au moment où l’homme allait pour ouvrir la porte de la cellule du duc, des cris se firent entendre dans la cour de la prison.

 

 

« --Je dois partir Sire. N’ayez crainte, nous reviendrons. » dit l’homme en partant. Et il disparut dans la pénombre.

 

 

Le duc resta un moment immobile, puis il recommença à se palucher tranquillement. Cependant, son érection n’en était plus vraiment une. Il avait été troublé. C’est ça la vie… Des types se branlent dans une cellule et d’autres essaient de les libérer. Le duc essayait de se concentrer à nouveau quand cinq ou six gardes passèrent en courant devant sa cellule. Ils étaient sans doute à la poursuite du type qui était entré la minute d’avant.

 

 

Le duc était debout, le pantalon sur les genoux et regardait les gardes passer. Puis il continua son travail avec application, comme un vrai professionnel de la quiche. Mais au moment même où tout allait s’achever dans un étourdissant feu d’artifice, il entendit des cris. Le type qui était venu pour le libérer était ramené de force par les gardes, les mains dans le dos.

 

 

« -- Laissez-moi, au nom du duc, notre souverain » cria-t-il

 

 

Le duc, gêné, enleva la main de son entrecuisse et remis son sexe dans ses culottes. Il dit :

 

 

« --Euh… Oui !  Laissez-le !  Au nom du Domaine Aviaire du Poulet Royal. Qu’il en soit ainsi pour des siècles et des siècles. »

 

 

Les gardes le regardèrent. L’un d’entre eux s’éclata de rire et dit :

 

 

« --Connasse ! »

 

 

Le duc regardait l’homme qui était venu le libérer. Il était beau. Il avait une grande cape noire qui recouvrait un uniforme noir, avec des grandes bottes noires et un chapeau noir. Il avait aussi un blouson avec un aigle dans le dos. Il était élégant. Il portait un masque sur les yeux, à travers duquel on pouvait voir de grandes agates qui traduisaient sans doute une certaine malice. Le duc lui demanda :

 

 

 

 

 

« --Quel est ton nom ? »

 

 

« --Sire, je ne puis répondre devant ces gueux. Personne ne doit savoir qui je suis » répondit l’homme en noir.

 

 

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