de Robert McBast, 1954
Tu vois le genre de rade que c'était... Le genre de bar pourri, sombre, enfumé, avec un travelot qui mettait les coudes sur le zinc, et trois ou quatre pochtrons à côté qui se demandaient si c'était du lard ou du cochon.
Le patron avait une gueule d'abruti. Au fond, prés des chiottes, elle était là. Assise. Elle avait encore son manteau sur les épaules et n'avait rien commandé du tout. J'avais bien fait de la suivre, non ?
Je me suis assis directement à sa table. Moi aussi j'avais encore ma veste, ça se voyait que je venais d'arriver. Je lui ai demandé ce qu'elle voulait boire. Elle m'a répondu « Cassez-vous ! ».
Elle avait de bonnes loches, trop de noir sous les yeux, un chignon et une jupe trop moulante pour ses quelques kilos en trop. Elle avait bien dix ans de moins que moi.
Je me suis dit que j'étais un blaireau. Que suivre une fille dans la rue, parce qu'elle vous a fait de l'œil dans le bus, c'était digne d'un blaireau. Que croire que j'allais pouvoir rentrer dans un bar, m'asseoir à sa table et lui payer un verre, c'était du blaireau tout craché.
Elle m'a regardé, et elle m'a dit : « Mais casse toi, bordel ! ». Puis elle a soupiré et elle a dit « Pauvre blaireau »
J'étais vexé. Je lui ai dit « Connasse ! », puis je me suis levé et je suis allé au comptoir. J'ai demandé un verre, je sais plus de quoi d'ailleurs, puis au moment où ce connard de barman me servait, j'en ai demandé un autre.
Puis je suis allé avec mes deux verres à la table de la fille, dans le fond. J'ai posé un verre devant elle. Elle n'y a pas touché, elle n'a rien dit. J'ai bu le mien cul sec, puis le sien.
Elle m'a dit « Sortons ». Je l'ai suivi dehors.
Il faisait froid, on n'y voyait rien malgré l'éclairage des rues. Elle m'a dit de la suivre dans un bar où elle connaissait bien le patron. Je me suis dit que je ferais mieux de me casser, de rentrer chez moi, mais j'ai rien dit et je l'ai suivie.
Tu sais, depuis que ma femme est partie avec ce connard, je fais n'importe quoi. Cette fille que je suivais, c'était quoi, une pute ? Franchement, je te dis, j'étais ailleurs. Je ne voulais pas rentrer chez moi, dans cette chambre merdique où les cartons n'étaient même pas déballés. Alors je suivais cette fille. De toutes façons je ne connaissais pas bien le quartier, tu sais, à l'époque, ça faisait à peine un mois que j'habitais là -bas.
On marchait sans se parler. Elle savait où elle allait. Ce n'était pas très loin du bar pourri dans lequel on était. Moi, j'avais l'impression que ce bar là était encore plus pourri que l'autre. En plus, il y avait de la musique.
On s'est assis au comptoir. Il n'y avait pas le patron, en tous cas, elle n'a dit bonjour à personne. Elle a croisé les jambes. Sa jupe est remontée assez haut sur ses cuisses. Elle a commandé à boire. Un truc, dans des flûtes à champagne. Elle avait du rouge à lèvres, et ça laissait des marques sur sa flûte. Elle m'a demandé « Alors ? »
Putain ! Alors quoi ? J'ai attendu une seconde et je lui ai dit :
« - Vous me faisiez de l'œil, tout à l'heure, dans le bus, non ? »
« - Et vous suivez toutes les femmes qui vous font un petit sourire dans le bus ? »
« - Ah ! Vous m'avez donc bien fait de l'œil tout à l'heure... »
« - Vous en doutiez ? »
Connasse ! Elle clignait des yeux en me disant ça, comme une pin-up de cinéma, avec ses longs cils. Elle me provoquait, elle m'excitait. Je voyais ses seins déborder de son corsage.
Je lui ai dit que j'avais bien vu qu'elle me faisait du gringue, mais je lui ai dit ça avec finesse, tu me connais. On a discuté. Un moment, elle s'est marrée. Pourtant, on parlait sans parler, je lui disais que je ne suivais pas les femmes d'habitude, qu'elles venaient à moi. J'ai vu qu'elle picolait pas mal. Elle était un peu bourrée. Elle a vu mon alliance, ou plutôt, elle m'a fait comprendre qu'elle avait remarqué mon alliance. Ouais, je ne l'avais pas enlevé. Tu sais, c'était encore un peu frais, ce divorce.
Je lui ai dit que ma femme s'était barrée avec son patron. J'ai regretté de l'avoir dit tout de suite après l'avoir dit. J'aurais dû dire qu'elle était morte, ou que je l'avais jetée. Le coup de la femme qui se barre avec son patron, ça donne pas le beau rôle au mari, tu vois.
Elle a vidé son verre d'un trait. Elle m'a dit « Viens ».
Elle me tirait par la main pour sortir du bar, j'ai jeté un billet de 20 dollars sur le comptoir. On avait sacrément bu. Dehors le froid m'a calmé, parce que je commençais à être vraiment bourré. Elle a glissé sur un pavé avec son talon. Elle a éclaté de rire. Elle était bourrée, elle aussi.
Au bout d'un moment, elle m'a dit qu'elle voulait aller chez moi. Qu'elle avait faim. Il n'était pas question que je l'emmène dans mon studio, avec les cartons, l'odeur de renfermé et de vieux garçon, les caleçons crades.
Je lui ai dit que j'étais de passage ici. Que je n'avais pas de chez moi dans cette ville, qu'on devait aller chez elle. Elle m'a demandé où je dormais en ce moment. J'ai menti : j'ai dit que je dormais à l'hôtel. Elle m'a dit qu'elle voulait aller à l'hôtel. J'ai dit OK, et on a commencé à marcher.
Je faisais semblant de bien connaître et de savoir où j'allais, mais tu vois, elle, qui était du quartier, elle a dû se rendre compte qu'on allait n'importe où. Elle ne disait rien. Mais elle souriait et elle me suivait. Parfois, on tombait sur un cul-de-sac, je lui disais « Ah merde ! Je me suis trompé, c'est un peu plus haut » et elle me suivait.
On est tombé sur un hôtel, avec des néons rouges. Un truc pas très propre. Je lui ai dit que c'était là. Je me suis dit que j'aurais dû insister pour qu'on aille chez elle parce qu'elle allait bien se rendre compte que je n'habitais pas dans cet hôtel.
Je me suis aussi dit que cette fille était vraiment une pute, qui faisait des manières à boire des verres dans des rades crados. Elle devait être persuadée que j'étais marié, et que je l'emmenais ici parce que chez moi, il y avait ma femme.
J'étais emmerdé, je voulais pas qu'elle croit que j'étais encore marié. On est rentrés dans l'hôtel.
Le type à l'entrée ne dormait pas, pourtant, il était presque quatre heures du matin. En fait il était bourré. Pauvre type. Je lui ai demandé la clé de ma chambre, comme si j'étais un client. Il m'a fait un clin d'œil si gros que la fille l'a vu aussi.
Là, elle voyait bien que je cherchais à lui cacher quelque chose. J'étais un blaireau.
On est montés dans la chambre. Je me suis lavé les mains dans la salle de bains. Dans le miroir, je voyais qu'elle se déshabillait. Elle portait des collants noirs sous sa jupe. Elle a enlevé son soutien-gorge, et s'est couché sous les draps en culotte. J'ai enlevé ma chemise et je l'ai rejointe dans le lit.
A sept heures du matin, j'étais réveillé. Je regardais par la fenêtre, le jour arrivait doucement. Elle dormait. J'ai pris une douche bien chaude. Quand je suis sorti, elle était réveillée. Elle avait enfilé un peignoir de l'hôtel. Elle m'a souri. J'étais à poil. Je suis retourné dans la salle de bains pour mettre ma chemise, et je l'ai entendue appeler la réception pour avoir du café et des croissants. Je voulais me barrer. Elle s'est mise contre la fenêtre, et a mis son front contre la vitre. Je suis venu derrière elle, et je l'ai prise dans mes bras. Elle s'est retournée et m'a embrassé. Le service d'étage a sonné, je suis allé ouvrir, et j'ai tiré le chariot jusque vers le lit.
Elle a mangé son croissant et même le mien, puis elle s'est levée, est allée dans la salle de bain, et s'est déshabillée. Je l'ai vue nue, de dos. La veille, je l'avais pas bien vue, à cause de la nuit et de l'alcool. Là, je l'ai vue avec la lumière crue du matin. Elle avait de belles hanches, et on voyait un peu ses seins quand elle bougeait.
Je suis descendu payer. Puis je suis remonté et j'ai fumé une cigarette. Elle était sortie de sa douche, mais était toujours dans la salle de bains. J'étais assis sur le lit, et quand elle est sortie, elle était vraiment jolie. Elle avait défait ses cheveux, elle était maquillée plus légèrement, elle souriait.
Elle m'a dit : « Tu viens ? » et je lui ai tendu son manteau. On est sortis dans la rue, il était huit heures. Elle me tenait par le bras, on marchait, mais on n'avait plus rien à faire. Je n'osais pas lui demander si elle travaillait. Je ne savais même pas son prénom.
On marchait, sans but, depuis cinq minutes. J'étais bien. Ca faisait un bail que j'avais pas été aussi bien, tu sais. Un moment, un bus s'est arrêté, avec le bruit que fait un bus quand il s'arrête. J'ai eu peur qu'elle monte. Je me suis dit qu'il fallait que je trouve un truc à faire, parce que sinon, elle allait rentrer chez elle.
Je lui ai proposé d'aller au parc, il y a une ménagerie, et que si ça lui disait, on pourrait voir des animaux. Ouais, c'était pas terrible, mais c'est tout ce que j'avais trouvé. A neuf heures du mat', tu voulais que je dise quoi ?
On a pris un taxi, elle a pris ma main et a mis sa tête contre mon torse. Je regardais par la fenêtre. Elle s'est un peu endormie.
Il faisait froid, on n'était que tous les deux dans le parc. Même les animaux dans les cages se cachaient dans leurs abris. Ca la faisait rire. Je riais aussi. Devant les hyènes, je lui ai demandé son prénom.
Elle s'appelait Sarah. Elle ne m'a pas demandé mon nom, mais je lui ai dit quand même. Elle a trouvé qu'Henri, ça m'allait bien. On a continué de marcher.
On est arrivés devant un marchand de marrons chauds, qui se réchauffait les mains devant son feu. Elle m'a dit « Oh ! Chéri, des marrons chauds ! ».
Ca m'a fait bizarre. J'ai pensé à ma femme. Elle aussi était gênée d'avoir dit ça. On s'est approchés des marrons, et on en a demandé un cornet. Et puis on est sortis du parc.
Machinalement, j'ai appelé un taxi, mais elle m'a proposé de continuer de marcher dans la rue qui longeait le parc. C'est là qu'elle avait grandi. Un truc résidentiel, tu vois, sans histoires...
Elle m'a montré son école, puis on est passés devant la maison où elle avait vécu. Elle y habitait seule avec son père. Sa mère s'était barrée avec un autre type. Depuis un moment, Sarah et son père avaient déménagé parce que la maison ici devenait trop chère.
Son père était mort trois mois avant. Elle était seule maintenant. J'ai dit que j'étais désolé. Elle m'a dit de ne pas l'être.
Plus tard, j'ai appelé un taxi, et on est retournés vers l'hôtel. Je commençais à avoir faim. On est allés dans un restaurant, du genre nappe blanche et serveurs en nœud papillon, tu vois ? Elle a commandé du poisson et moi de la viande rouge. On a bu du vin. On a discuté, elle m'a parlé d'elle. Elle m'a dit qu'elle souffrait d'avoir perdu son père. Il s'était flingué. Il n'avait jamais supporté le départ de sa femme.
Moi je ne savais pas quoi lui dire. Elle savait que ma femme s'était barrée. Je ne voulais pas paraître pathétique. Et puis j'ai pas de gamins, tu sais, c'est pas pareil...
A la fin du repas, on est allés à l'hôtel. J'étais fatigué, on avait peu dormi la nuit, juste deux ou trois heures. Naturellement, on s'est allongés. Je l'ai prise violement. On a dormi.
Vers dix-sept heures, on est sortis. Elle voulait passer chez elle pour se changer. C'est vrai qu'elle faisait un peu pute, habillée comme ça. Sa jupe sentait le tabac froid. Je voulais prendre un taxi, mais elle a préféré qu'on y aille à pied.
On a marché le long du quai, puis remonté la rue du cinéma, tu sais, celle du tailleur juif. Je commençais à reconnaître le quartier. On s'approchait du bar où je l'avais suivie. Je devenais un peu jaloux, je me disais qu'elle s'était offerte à moi un peu trop facilement. Ca me faisait penser à ma femme. J'étais un peu énervé.
Elle n'a pas dit un mot quand on est passés devant le bar. Plus loin, elle m'a dit qu'on approchait de chez elle. Elle m'a dit qu'une amie habitait avec elle depuis la mort de son père. Une pauvre fille qui ne savait pas où aller. Elle n'allait chez Sarah que pour dormir, ou pour baiser. Je n'ai rien dit.
Plus on marchait, plus l'endroit me paraissait familier. On approchait de chez moi, en fait. On devait habiter dans le même quartier, peut être même juste à côté. J'ai repensé à l'hôtel, dans lequel j'avais laissé des affaires pour faire croire que j'y vivais, et j'ai trouvé ça stupide.
On a continué de marcher, et j'ai reconnu mon immeuble en brique rouge. Machinalement, j'ai regardé ma fenêtre. Elle m'a dit, en me désignant l'immeuble du doigt : « Voilà, c'est là que j'habitais avec Papa, et c'est là que je vis seule, enfin, avec Anna, en ce moment. Regarde la fenêtre où pend un chandail rouge, c'est là. »
C'était la fenêtre à côté de la mienne. On était voisins. Merde ! Le type qui s'état flingué deux mois avant que j'arrive, c'était son père. Et les bruits de baise toutes les nuits, c'était... merde, c'était la fille ? Chaque fois ? Tu sais ces bruits, je t'en avais parlé... des cris, des insultes, des gémissements... On aurait dit qu'il y avait une partouze tous les soirs dans cet appartement.
On est montés. Je connaissais bien le hall d'entrée, mais je faisais semblant de découvrir. Comme d'habitude, l'ascenseur était en panne, mais j'ai appuyé sur le bouton quand même. « Il est toujours en panne », elle m'a dit.
On est arrivés sur le palier. Sa porte était en face de la mienne. Comment avais-je fait pour ne jamais la voir ? Là, je me suis dit, qu'elle, elle m'avait déjà vu. Je me suis dit que c'était pour ça qu'elle me faisait de l'œil dans le bus. Mais pourquoi a-t-elle accepté de me suivre dans un hôtel, si elle savait que j'habitais là ?
Elle a ouvert la porte. Il n'y avait personne. Tout était en ordre, propre. Elle m'a dit de m'asseoir et de me servir quelque chose en attendant qu'elle se change. J'ai pris un verre et je l'ai suivie dans sa chambre, où elle était déjà. Elle était nue, complètement. Face à moi. Elle avait de beaux seins. Elle m'a demandé de me tourner. J'ai souri, et je suis sorti de la chambre.
Dans le salon, il y avait des photos du père.
« Il était chauffeur de taxi » me dit-elle en sortant de la chambre.
Puis on s'est assis, j'ai bu mon verre, et on est ressortis. J'ai jeté un coup d'œil sur ma porte en passant.
Je voulais l'emmener au théâtre. Il était encore un peu tôt. On s'est promenés dans le quartier. Elle me montrait des choses que je connaissais, et je feignais la découverte.
La pièce était bonne. Elle a beaucoup ri. Je l'avais déjà vue. Nous sommes sortis du théâtre. Je voulais l'emmener boire un verre, mais elle m'a répondu qu'elle travaillait tôt le lendemain, et qu'elle voulait rentrer.
Elle est couturière, dans une fabrique de chemise. Jeune, elle voulait être journaliste.
Je l'ai raccompagnée chez elle, et je suis rentré à l'hôtel. Je me sentais ridicule. Le type à l'entrée ne comprenait pas pourquoi je revenais le lendemain, seul. J'ai pris mes affaires, j'ai payé la nuit, et je suis rentré discrètement chez moi. J'avais peur d'être surpris par Sarah sur le palier, je n'avais pas allumé la lumière. Elle ne m'a pas vu.
J'ai entendu des bruits de baise une heure après que je sois rentré. Il était minuit. De plus en plus forts. Chaque nuit, depuis que j'étais là, il y avait ces bruits. Je m'y étais habitué. Mais là, putain, je voulais être sûr que c'était pas elle.
Merde, j'écoutais la voix, l'oreille contre la porte, pour voir si c'était elle ou pas. Il me semblait bien que c'était elle. J'écoutais encore. Ca ne pouvait être qu'elle. Elle gémissait, on entendait le lit qui craquait.
Je connaissais cette fille depuis hier, je l'avais baisée presque sans lui avoir parlé, et je l'entendais à présent à travers ma porte, se faire sauter et gémir, crier. Putain, je ne supportais plus les cris, tu vois, mais j'essayais de me faire une raison. Je me disais que je ne la connaissais pas, qu'elle faisait ce qu'elle voulait. Mais je me posais des questions : si je la revois demain, que va-t-elle me dire ? Je repensais au « Chéri » qu'elle avait dit. J'ai trouvé ça ridicule.
Je pensais à ma femme.
J'entendais les cris derrière la porte. J'ai ouvert la mienne, et tapé fort à la sienne. Les bruits ont cessés immédiatement. J'ai retapé. Plus fort. J'ai crié « Sarah, ouvre ! ». J'ai entendu des bruits de pas dans l'appartement. J'ai crié à nouveau « Ouvre ! ». Les pas se sont rapprochés de la porte, puis j'ai entendu la voix de Sarah.
« - Qui est-ce ? »
J'ai failli ne pas répondre, et partir, humilié, ridicule. J'avais peur du visage du type qui la tronchait. Je ne voulais pas la voir dans son drap, transpirante, et ce type, dans son lit, qui demande qui je suis.
J'ai dit « C'est Henri ».
Elle m'a ouvert. Elle m'a demandé ce que je faisais là, à cette heure. Je n'ai rien répondu J'attendais qu'elle me dise quelque chose, qu'elle me dise que je ne pouvais pas entrer. Je lui aurais demandé pourquoi.
Mais j'ai entendu, dans le fond, une voix féminine, haletante : « Sarah, c'est qui ? ».
Sarah me regardait. Elle répondit « Personne ! ». Elle me redemanda ce que je faisais là, pourquoi je n'étais pas à mon hôtel. Je lui demandai si la fille était Anna. Elle me dit oui. Je lui dis que j'étais revenu de mon hôtel, pour la revoir, parce que je devais partir le lendemain, pour mon travail. Je me sentais vraiment ridicule.
Elle me dit « - Tu pars ? Attends une minute, entre. ». Les bruits avaient repris dans la chambre, on les entendait bien. Je lui demandai « Comment fais-tu pour supporter ça ? ». Elle ne répondit rien. Elle me dit « Pourquoi tu pars ? » Je lui expliquai que je devais partir mais que je reviendrai très vite. Mon excuse prenait forme. Elle vint contre moi, je la pris dans mes bras.
Elle me dit « Tu es vraiment obligé de partir ? Reste un peu ». Je répondis que ce n'était pas possible, mais que je m'arrangerai pour revenir le plus tôt que je pouvais. Nous sommes restés un peu comme ça. Les bruits avaient cessés. Elle me dit qu'Anna payait une part du loyer, qu'elle ne pouvait rien lui dire au sujet de ses mecs.
Au bout d'un moment, je me suis levé, et je suis parti. Je ne savais pas où aller. Je pensais faire un tour et remonter discrètement dans ma chambre. C'est ce que j'ai fait.
Le lendemain, je regardai à travers le judas dés que j'entendais un bruit. Je voulais la voir partir travailler. Je voulais aussi voir Anna, savoir à quoi elle ressemblait. Sarah est sortie en premier. Elle était pressée, habillée simplement, les cheveux noués. Je ne l'ai pas vue longtemps. Vers onze heures, les bruits ont recommencé. Le type tenait la forme. Puis Anna est sortie. Une blonde, assez jolie. Le type était du genre loubard, il devait être docker sur le port à côté.
Vers midi, je suis sorti chercher un truc à manger. J'essayai d'être discret car je ne savais pas où elle travaillait. Elle aurait pu me surprendre. Je suis remonté et j'ai attendu chez moi en lisant un truc et en fumant. Puis je suis redescendu et je l'ai vue remonter. J'ai encore attendue une heure, et je suis monté taper à sa porte.
Elle m'a ouvert, on a fait l'amour et je suis resté là. Je me suis rhabillé.
On ne parlait pas, et au bout d'un moment, ce silence fut rompu par un bruit de clé dans la serrure.
C'était Anna. Sarah était à poil, et se cachait sous le drap.
Anna m'a regardé, et m'a dit bonjour. On a discuté un peu tous les trois, en fumant. Sarah avait enfilé un soutien-gorge.
J'ai fini par dire que j'habitais la chambre en face depuis un mois.
Sarah qui était allongée, s'est relevée et me dévisageait. Elle avait l'air de ne rien comprendre.
J'allais dire un truc, mais la porte d'entrée s'ouvrit. C'était l'autre type. Il me vit, avec Sarah à moitié à poil, et s'avança en tendant sa main.
« - Tom ! »
« - Henri, votre voisin » répondis-je
« - J'espère qu'on vous dérange pas trop avec mes copines ? dit-il. On fait un peu de bruit n'est-ce pas ! En fait, ce sont surtout elles qui font du bruit. Elles sont très expressives, vous voyez... »
Je regardai Sarah, elle me regardait aussi. Je regardai ses seins dans son soutien-gorge noir. Elle baissait les yeux.
« - On fera un peu moins de bruit pour le monsieur, hein les filles ? » dit Tom
Anna me sourit. Je regardai à nouveau Sarah. Elle se releva d'un coup, en laissant tomber le drap et marcha jusqu'à la cuisine. J'ai regardé son cul pendant tout le long.
« - Tu pourrais t'habiller Sarah, dit Tom, c'est pas une tenue pour recevoir le monsieur ». Et ce connard me regarda en faisant un clin d'œil.
Sarah le fixa, et revint me prendre par le bras. Elle me tira jusque dans le couloir.
« -Tu vas où, chérie ? » lui demanda Tom.
Elle ne répondit pas. Arrivés dans le couloir, elle me demanda :
« - Tu habites là ?
« - Tu te fais baiser par ce type ? Et tu la baises, elle aussi ? je répondis
« - Je peux t'expliquer ! »
« - Je t'entends tous les soirs depuis un mois. Hier même ! »
« - Hier je suis rentrée, et j'ai dormi. Je ne veux plus coucher avec ce type. Je veux rester avec toi maintenant.
Un silence. 5 secondes environ.
- J'étais paumée, mon père s'est suicidé il y a trois mois. J'étais seule. Anna est venue, et Tom aussi. »
Je n'ai rien répondu. Putain, j'ai descendu les escaliers. Elle m'a appelé. Je ne me suis pas retourné.
Arrivé en bas, j'ai pensé à mes cartons dans la chambre. J'ai pensé à Sarah. Je me suis dit « T'es vraiment un blaireau »
Et je suis remonté.
T'aurais fait quoi exactement, à ma place?



