Un lundi au boulot

Publié le par heriflant

Dimanche après midi, je rends visite à ma mère qui est malheureusement à l'hôpital en ce moment.

Puis, hôpital pour hôpital, j'enchaîne avec une visite éclair à ma grand-mère. Les deux hôpitaux sont de toute évidence d'un standing différent : l'un est propre et le personnel est attentif (c'est l'hôpital dans lequel se trouve ma mère, spécialisé dans le traitement des cancers), l'autre dégage une nauséabonde odeur d'urine et de matières fécales, qui prend à la gorge dés les premiers pas dans l'établissement (c'est l'hôpital de ma grand-mère, spécialisé dans l'accompagnement en fin de vie).

Que du glauque, n'est ce pas? C'est aussi ce que je me suis dit en disant au revoir à ma grand mère. C'est pourquoi je me suis mis en quête dés mon retour chez mes parents d'une vieille poterie algérienne dont regorge le grenier, afin d'en faire une lampe que j'installerai dans la chambre de mon appartement.

Quel rapport avec le glauque me dites vous? Je ne sais pas, mais c'est la première idée que j'ai eu en quittant l'hôpital spécialisé dans l'accompagnement en fin de vie. Il faut peut être y voir la volonté de faire ressurgir la lumière d'une vieille terre couverte de poussière et abandonnée dans un coin. Plus simplement, il faut dire qu'on s'emmerde ferme dans la petite ville où habitent mes parents, et que je ne pouvais pas fuir, puisque je devais me rendre à la gare TGV de Valence le soir même (gare qui se situe à quelques kilométres de la ville de Romans, où l'on déguste de fabuleuse ravioles).

Lunid matin (ou plutôt lundi aprés-midi) je prends mon véhicule pour me rendre à Lyon, où j'habite et où je suis employé comme téléacteur dans une entreprise spécialisée en marketing téléphonique. Auparavant, je prends le soin de charger dans le coffre ma poterie algérienne.

Sur l'autoroute qui m'amméne jusqu'à Lyon, un véhicule s'approche trés près de ma 106 pour me faire comprendre que je ne double pas assez vite. Je le fixe dans le rétro et m'apprête à lui faire un signe de la main quand mon coffre s'ouvre tout à coup. Je ralentis fortement et me place sur la voie de droite. J'hésite à m'arrêter sur la voie d'urgence mais le souvenir de mes cours de code de la route, dans lesquels une voix austère affirmait que la durée de vie moyenne sur une bande d'arrêt d'urgence n'excédait pas 20 minutes, me revient à la mémoire. Je choisis donc d'attendre la prochaine sortie pour refermer ce coffre mal fermé. Entretemps, un brave type me double et me fait des signes avec les bras, sans doute pour m'indiquer que mon coffre est ouvert. Je le remercie en souriant, et m'allume une cigarette.

Je sors de l'autoroute, descends de la voiture, me dirige vers le coffre et constate avec soulagement que la poterie est toujours là.

Je repars en direction de mon boulot, avec toujours un peu plus de retard.

Ma mission du jour est d'appeler des architectes afin de leur proposer du revêtement PVC pour la marque Gerflor.

"Gerflor, et hop" disait l'acteur qui joue aujourd'hui le président de Groland dans une publicité pour cette marque il y a quelques années. Le spot montrait cet acteur (aujourd'hui président) complètement nu et dont les parties n'étaient cachées de la vindicte populaire que par un carré de revêtement PVC.

Je m'étais permis de faire remarquer au commercial Gerflor - qui nous avait présenté la mission deux semaines auparavant - que cette pub avait marqué tout une génération de branleurs devant leur poste de télé. "C'est exactement cette image que l'on veut briser" me répond-il. "Aujourd'hui, on décline toute notre gamme sur le thème de la musique, avec une multitude de jeu de mots: la clé de sols, une partition de revêtements etc."

Je n'ose pas lui dire que je trouve ça encore plus ridicule et le regarde avec admiration.

Les architectes sont des gens charmants, mais ils affirment qu'ils sont toujours "charette". C'est amusant de voir comment une profession s'accapare d'un terme et l'utilise avec excés, dans toute la France, à toute heure et en toute occasion.

Pour rigoler, je me présente aux architectes sous le pseudo "Michel Charette"; certains continuent pourtant à utiliser le terme.

Pendant mon travail (qui n'est pas trés passionnant, avouons le) je pense avec insistance à l'abat-jour que je vais bien pouvoir acheter.

Mais auparavant, je dois me faire soigner trois caries chez un dentiste qui a à peu prés mon âge. On rigole un peu sur l'accent du Nord de son assistante (qui ne le prend pas trés bien) jusqu'à ce qu'il fasse parler la roulette. Dés lors, l'accent ch'ti de la jeune femme ne m'amuse plus du tout et l'anesthésie locale donne à mon sourire un je-ne-sais-quoi de tête de con.

Je sors à 19h de chez le dentiste. Le temps pour moi de filer chez Ikea faire l'acquisition d'un abat-jour.

 

Sympa n'est ce pas? J'ai un peu hésité car ce modèle vaut 14 € 50.

Mais on a qu'une vie après tout, et il me paraît utile d'accompagner une vieille poterie dans un environnement plus gai qu'une vague odeur de pisse.

Après mes emplettes, je me suis rendu chez Auchan, afin de profiter de l'arrivage de thon rouge à prix exceptionnel que je m'empresse de faire mariner dans des épices que ma soeur (que j'ai ramenée au train à la gare TGV de Valence, près des ravioles) m'a gentiment ramenées du Liban.

Je m'endors aprés avoir lu une dernière phrase d'un roman tchèque:

"Elle avait une terrible envie de lui dire comme la plus banale des femmes : ne me lâche pas, garde moi auprès de moi, sois fort. Mais c'étaient des mots qu'elle ne pouvait et ne savait pas prononcer.

Quand il dessera son étreinte, elle dit seulement: "Qu'est ce que je suis contente d'être avec toi!". Avec sa discrétion naturelle, elle ne pouvait pas en dire davantage."

L'auteur parle de discrétion, j'aurais plutôt employé le terme de pudeur. Il s'agit d'une traduction, certes, mais l'auteur, bilingue, a validé cette version.

La pudeur est-elle une forme de discrétion? Je ne sais pas... En tous cas, je ferme le livre et m'enfile les articles de l'Equipe qui parlent du match de demain: Milan Ac-Lyon.

J'éteins ma nouvelle lampe, dont le pied me doit une fière chandelle (je lui ai redonné une raison de vivre finalement, bien que ce ne soit qu'un pied de lampe) et passe ma langue sur mes dents fraîchement détartrées. On a beau être dentiste et se moquer de l'accent de son assistante, il n'est pas donné à tout le monde de ressuciter une poterie qui se faisait silencieuse dans le coin d'un grenier, pudique. Pudique, que dis-je, dicrète...

"Elle avait une terrible envie de lui dire comme la plus banale des femmes : ne me lâche pas, garde moi auprès de moi, sois fort. Mais c'étaient des mots qu'elle ne pouvait et ne savait pas prononcer."

 

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J
Tu sais que David Douillet à aussi fait une pub pour les revetement Gerflor "et hop"!Et je suis d'accord avec toi pour les nouveaux slogans, c encore plus nuls et on dirais qu'ils ont chercher une nuit entiere et que le seul trucs qui est arriver le lendemain matin, c'étais "clés de sols". Vu que tout le monde avaient envie de dormir, ils ont tous applaudit et adopter ce slogan!Sinon pour l'abat jour, sache que pour moi, et ca n'engage que moi, je le trouve bof!
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