Je pourrais vous parler de poésie
Ce matin, une bonne femme puait de la gueule dans le métro à côté de moi.Rien d'exceptionnel, me direz-vous, mais je vous répondrais que vous n'étiez pas à ma place et qu'elle puait d'une force exceptionnelle.
En effet, le petit déjeuner à la française n'est pas partagé par l'ensemble de nos compatriotes, et certains déjeunent encore le matin en prenant de la charcuterie, des soupes, et des oignons, semble-t-il, à en juger par l'haleine de ma voisine de métro.
"Heriflant n'a rien à dire ce matin, pour parler d'une bonne femme qui pue", me direz-vous. Je vous répondrais que vous commencez à me les briser menues. J'ai pensé à écrire une chronique sur les trois derniers films que j'ai vus au cinéma, mais vus le nombre de commentaires de spectateurs sur Allociné, je pense que vous vous en foutez complétement de mon avis. Mon Dieu, qu'est ce que vous avez raison!
Je pourrais vous parler de ces Palestiniens qui ont franchi la frontière égyptienne cette nuit, pour fuir la souffrance, la précarité, et la faim causés par un blocus trés politique. Mais je ne le ferais pas, parce que ce sera mieux expliqué sur le site du Monde, et que mon avis sur la question, vous vous en branlez...
Je pourrais vous parler de la diminution de taux directeurs américains, conséquence indirecte de la crise des subprimes. Mais vous vous en branlez un peu, quelque part. Je vous répondrais que vous avez raison, quelque part.
Je pourrais parler du type qui bosse dans mon bureau en ce moment. Ce gros connard! Mais vous ne le connaissez pas, et je ne prends pas le risque d'être lu un jour par lui. Je suis un vaurien. Mais lui est un blaireau.
En fait, je vais mettre un petit bout de poésie... Parcequ'entre une bonne femme qui pue de la gueule dans le métro, des Palestiniens qui fuient, des taux directeurs qui diminiuent et un collègue de bureau qui est un gros connard, c'est de la poésie, qu'il faut. Dont acte.
PIEGE
un chien blessé
heurté par une voiture et qui se traîne
vers le trottoir
hurlant à la
mort
et devant tant de sang
qui coule de sa bouche et de son cul
vous frissonez.
je n'en crois pas mes yeux mais
je continue à rouler
comme si j'allais descendre le chercher
pour m'en occuper
m'occuper de ce chien agonisant sur Arcadia
sur un trottoir
alors que son sang s'infiltrerait
de partout, mouillant ma chemise,
mon pantalon, mon caleçon,
mes chaussettes, mes chaus-
sures. mais c'est juste
une velléité.
qui plus est, je songe au numéro 2
dans la première course
et j'essaie de deviner ce que ça donnerait
combiné avec le 9
dans la deuxième. c'est une journée
à me rapporter
140 $
du coup j'abandonne à sa solitude
ce chien agonisant
quasiment en face
du centre commercial
où les dames chic
s'amusent à marchander
tandis que le premier flocon
de neige tombe sur
la Sierra Madre.
C.B.
Ceux qui ont reconnu l'auteur peuvent écrire son nom dans les commentaires. Ceux qui cherchent dans Google devront l'apprendre par-coeur.