Le texte d'un autre
Scoot toujours Dimanche on a piqué mon scooter, donc ce lundi je prends le Métro… 9h09 je m'insère dans le wagon S. Pimou avait raison, suis sur la ligne 3 direction GALLIENI. 9h12, j’ai à peine fini ma page. Le bolide d'acier ralentit des quatre freins et ça ondule sévère en cabine urbaine. Je me serai bien accroché à la barre centrale, mais elle pleine de graisse. Ça suinte trop pour ma paume. Peut-être qu’une meuf s’est frottée au poteau. Bref. Coup de frein oblige, suis à deux doigts de fracasser l’asiatique contre le double-portillon. Plutôt drôle, c’est elle qui s’excuse. « Pardon ! ». « Pas grave beauté…». « Hi hi ». REAUMUR SEBASTOPOL, 25 secondes d’arrêt. Je voulais mimer la speakerine, mais elle a décédé, ou elle s’est faite virer ; en tous y'a pas de voix dans le mégaphone des transports terrestres. SNCF a repris le monopole des « minutes d’arrêt ». Attention ça ouvre. Un type entre à reculons pour être sûr de piquer ma place. 9h18. On se rapproche. Quand je pense au crève-la-dalle qui se balade pénard à 3500 tours, en discutant avec Scooty. Il a pas d’âme le véhicule donc si ça se trouve ce con de Vespa il a rien calculé au changement de proprio. 9h24. QUATRE SEPTEMBRE, je bifurque une station avant le terminus. Séquence frisson, mais ça c'est plutôt bien passé. It's a good day ? Pas sûr. BORDEL un mois avant que l’assurance crache le pognon ! Ça m’apprendra à laisser les clefs sur le compteur. C’est pas ma faute en même temps, chuis amoureux. A suivre… DBG
Je dégaine Ellroy et me cale dans l'interstice que forment une chinoise en tailleur et un grand chauve en cravate mauve. 31,5 centimètres carrés sont dédiés à ma pomme.
Exigu mais respirable. Ça sent le crabe farci et le Nivéa for men. Sans paniquer je vérifie les distances de sécurité. 10 cm entre mes cuisses et les siennes ; 75 millimètres séparent ma nuque du gratuit qu’égraine ma doublure grand modèle, enfin sans les cheveux.
Le décorum de la roulotte c’est ni chic ni décontracté. Plutôt neutre, asexué. Est-ce qu’on a le choix ? Je regarde personne au singulier, mais peux pas empêcher mes yeux de zigzaguer…ils balayent l’horizon de grises mines sans autorisation, hémisphère gauche aux commandes. Ça grouille gentiment. Le quidam est plutôt peace. Love évidemment non ! Mais je m’en fous de l’atonie locale, ce qui m’intéresse c’est le silence et l’oxygène.
L’enfoiré est plutôt doué, ça discrète combine à marché, et la chinoise me zyeute en balançant la tête comme un automate, sagement, de gauche à droite. D’un air de dire « on s’est fait avoir !
Elle a pas tort la brune, il nous a bien baisé st’enflure. Dommage collatéral du swap de planctons, je me fade l’eau précieuse de Monique en plein zen. Sûr qu’elle embaume tout le bureau avec sa connerie vanille des îles. Passons les effluves du nabot à ma gauche, c'est pestilentiel.
Ça balance pas mal sur les rails mais y’a pas de musique. Disette budgétaire qu’ils disent. Notre fric, il sert à gommer les graffitis et gonfler le parc de caméras. Faut que ça file doux sur le quai et limiter les couleurs dans le paysage souterrain. Donc on se fait chier menu, quand je tente un retour sur la route du tueur. J’ai paumé ma page, normal, et le temps qu’un mot émerge, des grincements de ferraille annoncent l’arrêt SENTIER.
Moi je la sens bien la facture. Je reluque une trace de chewingue incrusté dans le lino et me dis que chialer pour un deux roues c’est limite. Une prière ? Mouais. Putain si y’a un Dieu, c’est maintenant, tout de suite. Scooty au royaume des vivants-pas-morts-dans-l’underground. Vite. Merde ça grince again, les néons blancs clignotent. A croire que la chenille métal va nous faire un malaise avant l’arrivée, la salope. C’est quoi ce merdier les gars ? Quelqu’un peut m’expliquer ? Je vais tout de même pas crever ici non ?
Saligauds de voleurs de meule. Ils réfléchissent jamais aux conséquences. En plus, sans bécane la journée elle démarre mal. Je peux même pas caler mon dos sur les seins de Pimou, ni caresser sa jambe quand je tiens le guidon d’une seule main.